UN POÈTE OCÉANIQUE



La poésie brésilienne compte parmi ses poètes des génies créatifs, quand ceux‑ci sont reliés à la réalité profonde, et, plus encore, à la réalité secrète (la plus vraie) ou peu visible aux yeux moins expérimentés ou moins attentifs, qui est celle des mythes ancestraux et de la force tellurique que cette Terra Brasilis recèle et engendre.
Un de ces génies créatifs est Jorge Tufic, Céarense[1] né en Acre[2]. La chose est curieuse : l’Acre, où accoururent par le passé des milliers de Céarenses, nous a fait le cadeau de ce poète qui « aux heures perdues [est] pasteur de brebis »[3] des hautes constellations du ciel de la Phénicie, Libanais et Brésilien dont la vocation est l’univers des grandes manifestations de l’âme ; Jorge Tufic est poète avant toute chose, ou, autrement dit, il s’est consacré à l’art d’écrire des poèmes de façon viscérale, essentielle ; il est un de ceux qui cherchent avec une passion consciente le chemin qui mène à la rencontre de l’ineffable parole lumineuse de la vraie poésie. Cela est crucial, étant en même temps quelque chose qui transparaît à la vue du lecteur-créateur qui a le bonheur de découvrir son œuvre, bénéficiant de cette source de suggestions de la plus haute teneur, avant tout, humaine.
Les locuteurs d’autres langues ont déjà eu le plaisir de lire Jorge Tufic. Et maintenant, par une splendide opportunité, le poète sera publié dans l’idiome de Baudelaire, grâce au travail d’un orfèvre de la recréation, quand il s’agit de la transposition de la poésie en français ; je le dis, sans aucune crainte de proférer un non‑sens ou une hérésie : Jean‑Pierre Rousseau est, définitivement, le meilleur traducteur de la poésie brésilienne en sa langue pleine de prestige[4]. C’est ce qu’est le français, spécialement dans le domaine de la littérature, vu l’inégalable production poétique des XVIIIe et XIXe siècles, par des poètes géniaux.
L’anthologie des poèmes de Jorge Tufic dans la traduction de Jean‑Pierre Rousseau s’intitulera Qu’adviendra‑t‑il de toi, Amazonie ? (Que será de ti, Amazônia?), édité par Paradigme, d’Orléans, au premier semestre de 2018. J’ai eu l’insigne honneur d’être invité à écrire la préface de cette  œuvre magnifique.
Qui connaît la poésie océanique de Jorge Tufic (il y a les poètes de cabotage et les poètes océaniques) et aura la curiosité de la lire en français, s’enchantera de cette rencontre qui paraît marquée depuis toujours, telle est la fidélité du traducteur aux méandres des igarapés[5] que Tufic fait affluer dans un grand fleuve, pour ensuite les lancer dans les océans de toutes les latitudes. Reconnaissante est la poésie pour cette célébration.

                                                                    Luciano Maia
                                                 (Journal O Povo du 14 novembre 2017)


[1]          Céarense : habitant du Cearà, État du Nordeste du Brésil. (n.d.t.)
[2]          Acre :  État du Brésil, faisant partie de l’Amazonie. (n.d.t.)
[3]          Selon les mots du poète lui-même. (n.d.t.)
[4]          En français dans le texte. (n.d.t.)
[5]          Igarapés : cours d’eau mineurs de l’Amazonie. (n.d.t.)